Les Morts by Octave Crémazie, Translated by Ron Riekki

LES MORTS

O morts ! dans vos tombeaux vous dormez solitaires,
Et vous ne portez plus le fardeau des misères
Du monde où nous vivons.
Pour vous le ciel n’a plus d’étoiles ni d’orages,
Le printemps, de parfums, l’horizon, de nuages,
Le soleil, de rayons

Immobiles et froids dans la fosse profonde,
Vous ne demandez pas si les échos du monde
Sont tristes ou joyeux ;
Car vous n’entendez plus les vains discours des hommes,
Qui flétrissent le cœur et qui font que nous sommes
Méchants et malheureux.

Le vent de la douleur, le souffle de l’envie,
Ne vient plus dessécher, comme au temps de la vie,
La moelle de vos os ;
Et vous trouvez ce bien au fond du cimetière,
Que cherche vainement notre existence entière,
Vous trouvez le repos.

Tandis que nous allons, pleins de tristes pensées,
Qui tiennent tout le jour nos âmes oppressées,
Seuls et silencieux.
Vous écoutez chanter les voix du sanctuaire
Qui vous viennent d’en haut et passent sur la terre
Pour remonter aux cieux.

Vous ne demandez rien à la foule qui passe
Sans donner seulement aux tombeaux qu’elle efface
Une larme, un soupir ;
Vous ne demandez rien à la brise qui jette
Son haleine embaumée à tombe muette,
Rien, rien qu’un souvenir.

Toutes les voluptés où notre âme se mêle,
Ne valent pas pour vous un souvenir fidèle,
Cette aumône du cœur,
Qui s’en vient réchauffer votre froide poussière,
Et porte votre nom, gardé par la prière,
Au trône du Seigneur.

Hélas ! en souvenir que l’amitié vous donne
Dans le cœur meurt avant que le corps abandonne
Ses vêtements de deuil,
Et l’oubli des vivants, pesant sur votre tombe,
Sur vos os décharnés plus lourdement retombe
Que le plomb du cercueil !

Notre cœur égoïste au présent seul se livre,
Et ne voit plus en vous que les feuillets d’un livre
Que l’on a déjà lus ;
Car il ne sait aimer dans sa joie ou sa peine
Que ceux qui serviront son orgueil ou sa haine :
Les morts ne servent plus.

A nos ambitions, à nos plaisirs futiles,
O cadavres poudreux vous êtes inutiles !
Nous vous donnons l’oubli.
Que nous importe à nous ce monde de souffrance
Qui gémit au-delà du mur lugubre, immense
Par la mort établi ?

On dit que souffrant trop de notre ingratitude,
Vous quittez quelquefois la froide solitude,
Où nous vous délaissons ;
Et que vous paraissez au milieu des ténèbres
En laissant échapper de vos bouches funèbres
De lamentables sons.

Tristes, pleurantes ombres,
Qui dans les forêts sombres,
Montrez vos blancs manteaux,
Et jetez cette plainte
Qu’on écoute avec crainte
Gémir dans les roseaux ;

O lumières errantes !
Flammes étincelantes,
Qu’on aperçoit la nuit
Dans la vallée humide
Où la brise rapide
Vous promène sans bruit ;

Voix lentes et plaintives,
Qu’on entend sur les rives
Quand les ombres du soir
Epaississant leur voile
Font briller chaque étoile
Comme un riche ostensoir ;

Clameur mystérieuse,
Que la mer furieuse
Nous jette avec le vent,
Et dont l’écho sonore
Va retenir encore
Dans le sable mouvant :

Clameur, ombres et flammes,
Etes-vous donc les âmes
De ceux que le tombeau,
Comme un gardien fidèle,
Pour la nuit éternelle
Retient dans son réseau ?

En quittant votre bière,
Cherchez-vous sur la terre
Le pardon d’un mortel ?
Demandez-vous la voie
Où la prière envoie
Tous ceux qu’attend le ciel ?

Quand le doux rossignol a quitté les bocages,
Quand le ciel gris d’automne, amassant ses nuages,
Prépare le linceul que l’hiver doit jeter
Sur les champs refroidis, il est un jour austère,
Où nos cœurs, oubliant les vains soins de la terre,
Sur ceux qui ne sont plus aiment à méditer.

C’est le jour où les morts abandonnant leurs tombes,
Comme on voit s’envoler de joyeuses colombes,
S’échappent un instant de leurs froides prisons ;
En nous apparaissant, ils n’ont rien qui repousse ;
Leur aspect est rêveur et leur figure est douce,
Et leur œil fixe et creux n’a pas de trahisons.

Quand ils viennent ainsi, quand leur regard contemple
La foule qui pour eux implore dans le temple
La clémence du ciel, un éclair de bonheur,
Pareil au pur rayon qui brille sur l’opale,
Vient errer un instant sur leur front calme et pâle
Et dans leur cœur glacé verse un peu de chaleur.

Tous les élus du ciel, toutes les âmes saintes,
Qui portent leur fardeau sans murmure et sans plaintes
Et marchent tout le jour sous le regard de Dieu,
Dorment toute la nuit sous la garde des anges,
Sans que leur œil troublé de visions étranges
Aperçoive en rêvant des abîmes de feu ;

Tous ceux dont le cœur pur n’écoute sur la terre
Que les échos du ciel, qui rendent moins amère
La douloureuse voie où l’homme doit marcher,
Et, des biens d’ici-bas reconnaissant le vide,
Déroulent leur vertu comme un tapis splendide,
Et marchent sur le mal sans jamais le toucher ;

Quand les hôtes plaintifs de la cité dolente
Qu’en un rêve sublime entrevit le vieux Dante,
Paraissent parmi nous en ce jour solennel,
Ce n’est que pour ceux-là. Seuls ils peuvent entendre
Les secrets de la tombe. Eux seuls savent comprendre
Ces pâles mendiants qui demandant le ciel.

Les cantiques sacrés du barde de Solyme
Accompagnant de Job la tristesse sublime,
Au fond du sanctuaire éclatent en sanglots ;
Et le son de l’airain, plein de sombres alarmes,
Jette son glas funèbres et demande des larmes
Pour les spectres errants, nombreux comme les flots.

Donnez donc en ce jour, où l’Église pleurante
Fait entendre pour eux une plainte touchante,
Pour calmer vos regrets, peut-être vos remords,
Donnez, du souvenir ressuscitant la flamme,
Une fleur à la tombe, une prière a l’âme,
Ces deux parfums du ciel qui consolent les morts.

Priez pour vos amis, priez pour votre mère,
Qui vous fit d’heureux jours dans cette vie amère,
Pour les parts de vos cœurs dormant dans les tombeaux.
Hélas ! tous ces objets de vos jeunes tendresses
Dans leur étroit cercueil n’ont plus d’autres caresses
Que les baisers du ver qui dévore leurs os.

Priez surtout pour l’âme à votre amour ravie,
Qui courant avec vous les hasards de la vie,
Pour vous de l’éternel répudia la loi.
Priez, pour que jamais son ombre vengeresse
Ne vienne crier de sa voix en détresse :
Pourquoi ne pas prier quand je souffre pour toi ?

Priez pour l’exilé, qui, loin de sa patrie,
Expira sans entendre une parole amie :
Isolé dans sa vie, isolé dans sa mort,
Personne ne viendra donner une prière,
L’aumône d’une larme à la tombe étrangère !
Qui pense à l’inconnu qui sous la terre dort ?

Priez encore pour ceux dont les âmes blessées,
Ici-bas n’ont connu que les sombres pensées
Qui font les jours sans joie et les nuits sans sommeil ;
Pour ceux qui, chaque soir, bénissant l’existence,
N’ont trouvé, le matin, au lieu de l’espérance,
A leurs rêves dorés qu’un horrible réveil.

Ah ! pour ces parais de la famille humaine,
Qui, lourdement chargés de leur fardeau de peine,
Ont monté jusqu’au bout l’échelle de douleur,
Que votre cœur touché vienne donner l’obole
D’un pieux souvenir, d’une sainte parole
Qui découvre à leurs yeux la face du Seigneur.

Apportez ce tribut de prière et de larmes,
Afin qu’en ce moment terrible et plein d’alarmes,
Où de vos jours le terme enfin sera venu,
Votre nom, répété par la reconnaissance
De ceux dont vous aurez abrégé la souIfrance,
En arrivant là-haut, ne soit pas inconnu.

Et prenant ce tribut, un ange aux blanches ailes,
Avant de le porter aux sphères éternelles,
Le dépose un instant sur les tombeaux amis ;
Et les mourantes fleurs du sombre cimetière,
Se ranimant soudain au vent de la prière,
Versent tous leurs parfums sur les morts endormis.

Œuvre complètes. Montréal, Beauchemin et Valois, 1882.
Octave Crémazie, 1827-1879.

THE DEAD

O the dead! You sleep alone in your tombs,
Nevermore to bear the burden of miseries
Of the world where we’re still found.
For you the sky has neither stars nor storms:
Nor spring, nor scents; horizon, or clouds;
Nor the sun, or its beams.

Motionless and cold in the deep pit,
You do not ask if the echoes of the world
Are gloomy or happy,
Because you no longer understand mankind’s useless speech,
That withers the heart and shows that we are
Wicked and pathetic.

The breath of desire, the wind’s pain,
No more comes to dry out, like life’s days,
Your bone marrow;
And at the bottom of the cemetery, you find this comfortable,
This vain search for our entire existence,
You find rest.

While we are full of gloomy thoughts,
That last all the days our spirits suffocate,
Silent and lonely.
You listen to the singing voices of the sanctuary
That come from on high and pass over the land
To rise again to heaven.

You ask nothing of the crowds that wander by
Without even falling into the tomb that erases
A tear, a sigh,
You ask nothing of the broken breeze that throws
Its embalmed breath to the mute tombstones,
Nothing, no, nothing no one knows.

All the voluptuous pleasure that our souls muddle up,
For you, is not as good as a faithful memory,
Favor goes to the heart,
That comes along to warm your cold dust,
Write down your name, and look after you through prayer
To the throne of all that is Heavenly.

Alas ! the memory of the affection you gave
Dies in the heart even before the body abandons
Its clothes of mourning,
And it forgets the living, heavy by your grave,
And lands more heavily, by your emaciated bone,
Then the lead of a coffin!

Our present selfish heart is its own private book, full,
Yet we longer see that that book’s pages
Have already been read;
Because it does not know how to love in its joy or its punishment
Those who will serve its pride or its rage:
Corpses are not useful.

In our frivolous pleasures, in our ambitiousness,
O powdery corpses you are useless!
We give you permission to forget.
Whether these suffering people matter to us
Who moan beyond the wall, immense, lugubrious,
Established by the dead.

You speak of our poor ingratitude,
Sometimes you leave the cold solitude,
Where we abandon you;
And you appear among the shadows
To let slip from your dismal mouths
Appalling sounds.

Dull, weeping shadows,
In the murky forests,
Show your white blankets,
And throw out this groan
While we listen with fear
To this morning in the reeds;

O wandering lights!
Sparkling flames,
That catch sight of the night
In the moist valley,
Where the steep breeze
Carries without noise, without name;

Voices, plaintive and slow,
That one hears on the banks
When the evening’s shadows
Thicken their mist
To shine each star
Like a rich monstrance;

Mysterious clamor,
Of the sea, violent
We flow with the wind,
Whose resonant echo
Rings out again
Into the unstable sand:

Clamor, flames, and shadows,
So, are you the faithful protector
That holds back this network
Of eternal dark
For the souls
Of those of the tomb?

In leaving your coffin,
Do you search the land
For the mortal pardon?
Do you ask where is the road
That the prayers are sent
For all of those who wait for heaven?

When the gentle nightingale has left the groves,
When the grey sky of autumn piles up its clouds,
Prepares the winter shroud that must be thrown away
Over the chilling fields, it is a harsh day,
Where our hearts leave behind the vain cares of the land,
Of those who are nevermore to love, to plan.

It is the day where the dead abandon their tombs,
Like joyful doves that blow away,
To escape for a moment from their cold prisons,
While we may step into the light, they have nothing but the haze,
That hides their dreamy appearance and their gentle face,
And their permanent eyes and hollowness that are never betrayed.

When they came like this, with their contemplative look
The crowd for them in the temple beseeched
The clemency of heaven, a flask of good luck,
Like a pure beam that shines opal,
Comes to wander for an instant on their peaceful and pale cheek
And in their iced heart pours down a little of its heat.

All the elected of heaven, all the holy spirits,
Who bear their burden without murmur and without complaints
And walk all the day under God’s gaze,
Sleep all night under angels’ protection,
Without their eye troubled by strange visions
Catching sight of the abyss of flames;

All those of the earth of which the pure heart do not listen
Make less bitter, by the echoes of heaven,
The painful way man must go
And even for emptiness are grateful.
And unroll their virtue like a magnificent carpet, and as such
Walk over evil without ever having the sense of touch;

When the plaintive guests, hosts of the grieving city,
In a sublime dream glimpse old Dante,
Who among us on this solemn day appears,
It is not for those ghosts. Alone they could hear
The secrets of the grave. They alone know how to understand
The pale beggars who call to heaven.

The goddamn hymns of the bard of Solyme
Accompany Job, the sublime gloom,
At the heart of the sanctuary bursts into sobs that swell;
And the sound in the air, fresh and murky alarms,
Call out for tears and sound the death knell
For the wandering specters, numerous as waves, darker than hell.

So give in this day, where the Church weeps
For them to hear a touching complaint,
To calm your remorse, perhaps your regrets,
Produce, in the fervor of resurrected memory,
A flower of the grave, a prayer for the spirit,
That consoles the dead with these two fragrances of heaven.

Pray for your mother, pray for your souls,
From this bitter life, for fortunate days,
For the part of your still hearts in the grave.
Alas! all these objects of young tenderness
In their narrow coffins no more have the others’ caress
Only the kisses of the worm that devours their bones.

For your delighted love’s soul, above all, pray,
For throughout the chances of life they are with you everyday,
Eternal, like a renunciation of the law. Yes,
Pray the shade never avenges—Never comes to
Yell, to scream, never the voice in distress:
Why not pray when I suffer for you?

Pray for the exile, who, far from his homeland,
Expires without understanding any friendly sound:
Isolated in his life, isolated in his death,
No one comes to give a prayer, to give a breath,
To give alms, or to give a tear to the unfamiliar man!
Who thinks of the stranger who’s under the sleeping ground?

Yet pray for those wounded souls,
Unknown, with dark thoughts, here below
Whose days are without joy and nights without sleep;
For those who, each evening, bless existence,
Yet have only found, in the morning, hopelessness,
In their golden dreams that reawaken horribly.

Oh! For these pariahs of the human family,
Who, heavily loaded with their burdens of difficulty,
Climbed up as far as the end of the ladder of pain,
Which touched Vienna’s heart enough to give a contribution
Of a pious memory, of a holy word
That reveals to their eyes the face of God.

Give this tribute of prayer and of tears,
So that in this terrible moment full of alarms and fear,
Where your last days, the final end, will be coming,
Your name will be repeated by the gratitude
Of those who you have abbreviated their suffering.
In arrival, up there, you will not be unknown; you will be renewed.

And absorbing this tribute, an angel with white wings dances,
Before the gate to the eternal spheres,
And deposes an instant by the friendly tombs; and here
The dying flowers of the gloomy cemetery,
In the wind of prayers revive themselves suddenly,
To pour upon the dormant dead all their fragrances.

translated by Ron Riekki

© Ron Riekki

Bio: Ron Riekki’s books include U.P., Here, and The Way North.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s